Fidèle à la plume retorse de Patrick Senécal, Civilisés est un thriller où le cynisme et l’absurde servent une critique acerbe de notre société.
Il suffit parfois de quelques règles en moins — ou en trop — pour que le vernis de la civilisation se fissure.
Imaginez en effet un Koh-Lanta qui vire au cauchemar : douze volontaires, isolés et observés dans le cadre d’une expérience scientifique dont ils découvrent progressivement les règles. À mesure que les tempéraments se dévoilent, les tensions s’exacerbent, la violence affleure et les « éliminations » prennent un sens bien plus littéral qu’attendu.
Et le paradoxe tient en ceci : le lecteur en redemande. Senécal parvient à rendre cette dérive aussi inquiétante que captivante.
L’humour noir y joue un rôle clé : il désamorce la violence, la rend plus supportable et déculpabilise le lecteur — tout en nourrissant une véritable dénonciation.
Une manipulation un brin malaisante, d’autant plus qu’elle est renforcée par les interventions de l’auteur/narrateur, qui s’amuse à dévoiler ses propres ficelles d’écriture et à jouer avec le suspense. En interpellant régulièrement le lecteur, il l’installe dans une position trouble de témoin complice, forcément voyeur — et, là encore, on s’y prête volontiers.
C’est là que réside tout le génie de Senécal : un auteur dérangeant… dont il devient difficile de se détacher
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